Des yeux levés au ciel et un soupir.
C’est le genre de réaction que je provoque lorsque je parle d’écriture inclusive. Tu sais, l’air de dire “c’est quoi encore ce truc?”.
Eh bien, ce “truc”, c’est un ensemble de techniques de rédaction qui visent à assurer la représentation des genres. Eh oui, rien que ça ! 🤩
Tu l’auras remarqué, l’écriture inclusive déchaîne les passions. Compliquée, floue, inutile, idéologique,... les critiques fusent.
Pourtant (et heureusement), elle se démocratise. Par exemple, Netflix ou Zalando ont compris la nécessité de l‘adopter.
De ton côté, peut-être que tu commences à t'y intéresser et tu as même déjà essayé, ici et là ? Tu te demandes pourquoi adopter l'écriture inclusive pour communiquer avec ton audience, et quel en serait l'impact ?
Si tu te reconnais dans ces lignes, cet article te permettra d'y voir plus clair.
Tu ne la percevras plus comme une contrainte, mais comme une alliée. Une façon d'affirmer tes valeurs féministes, et de lutter contre les stéréotypes sexistes. Grâce à elle, tu pourras tisser des liens authentiques avec ton audience.
Allé, c'est parti : je te donne 5 bonnes raisons d'adopter l'écriture inclusive dans ta comm' 👇
1. Pour inclure et visibiliser les femmes et les minorités de genre
La première règle de grammaire qu'on nous apprend sur les bancs de l'école ? Le masculin l'emporte sur le féminin. Comme si c'était logique, évident, naturel.
En creusant un peu, on s'aperçoit vite que cette règle repose sur une vision sexiste : il s'agit d'un choix qui a été fait par les grammairiens de l'époque, non sans sexisme.
Ce choix de faire du masculin le genre prépondérant a été justifié par le fait que le masculin serait le genre le plus noble, ou encore du fait que le mâle serait supérieur à la femelle. Sympa, non ?
Imagine-toi l’impact de cette phrase sur les femmes : c’est un peu comme si depuis leur plus jeune âge, on leur répétait qu’elles passent au second plan.
Et ce n'est pas tout : cette règle du masculin générique invisibilise les femmes et toutes les personnes qui ne s’identifient pas au genre masculin.
Eh oui, lorsque tu lis un mot ou un texte au masculin pluriel, ce sont des représentations mentales masculines qui s’activent dans ton cerveau, même si le groupe en question peut être composé d'homme et de femmes.
Plusieurs études, notamment en psycholinguistiques, démontrent bien ce mécanisme selon lequel notre cerveau pense au masculin.
Écrire de manière inclusive, cela te permet de rendre les femmes plus visibles dans tes textes et de t'adresser à elle. En gros, de ne pas les exclure.
Il n’est plus à prouver que les offres d’emploi rédigées de manière inclusive attirent des candidatures plus mixtes. Ni que la féminisation des noms de professions permet aux jeunes filles de se projeter plus facilement dans ces métiers.
Alors, si tu es dans le recrutement, tu as tout intérêt à inclure un maximum de monde dans tes annonces. Il s’agit ici d’un réel enjeu sociétal. Une étude de 1973 prouve d’ailleurs que 5% de femmes déclarent vouloir postuler à une annonce rédigée au masculin, 25% en termes neutres et 45% au féminin (Bem et Bem, 1973).
Garde en tête qu’il ne s’agit pas uniquement de mieux représenter les femmes mais aussi toute personne ne s'identifiant pas au genre masculin, comme les personnes non-binaires.
2. Pour en finir avec les stéréotypes de genre
Jouons aux devinettes !
Tu as directement pensé à un homme ? Eh bien non, ce n’est autre que sa mère !
En plus de te démontrer que le masculin n’est pas neutre, cette devinette met en évidence qu’on a toustes des biais sexistes bien ancrés dans nos imaginaires.
Lorsqu'on dit “les secrétaires”, on a souvent une représentation féminine en tête. Si l’on dit “les chirurgiens”, par contre, on imagine des hommes.
Cet exercice te démontre à quel point le langage influence nos représentations. Il est un élément important dans la construction de l’imaginaire collectif.
En adoptant l’écriture inclusive, tu luttes contre ces préjugés et pour l’égalité des genres.
Par exemple en utilisant les doublets féminin/masculin (les infirmières et infirmiers / les chirurgiennes et chirurgiens), tu rappelles qu'un métier n'est pas réservé à un genre.
3. Parce que la langue française est vivante, pardi !
En novembre dernier, une grande avancée a été réalisée pour l’écriture inclusive : le pronom neutre “iel” est entré dans le dictionnaire Robert ! Cela peut paraître anecdotique, mais c’est encore une preuve que langue française est en constante évolution.
Alors, pourquoi vouloir la figer et refuser qu’elle tienne compte de la diversité de notre société ? La langage et la société s’influencent mutuellement depuis toujours.
Pense aux anglicismes : bien qu'ils aient fait débat, ils sont tout à fait entrés dans le langage courant. Encore plus dans l’univers du digital : hashtags, stories, streaming... Ces mots ne choquent plus.
Dé-masculiniser et re-féminiser la langue
Lorsque tu lis des mots tels que autrice, poétesse ou encore doctoresse, penses-tu que ce sont des fautes de français ? Eh bien sache que ces noms de métier féminins ont longtemps été utilisés dans la langue française.
C’est au 17 e siècle que les choses ont changé. L’Académie française, alors chargée d’écrire un dictionnaire, a (surprise !) tout simplement décidé de les supprimer.
Ce faisant, ils ont masculinisé la langue française et «effacé» les traces de ces mots féminins, notamment pour écarter les femmes des sphères intellectuelles et de pouvoir.
Ces titres et noms de métiers féminins ne sont donc pas des inventions ou “lubies”, mais bien des termes qui ont existé pendant longtemps.
Les utiliser aujourd’hui, c’est redonner aux femmes plus de visibilité et de pouvoir dans la société.
4. Pour incarner tes valeurs grâce à une communication inclusive
Comme je l'ai dit, adopter l'écriture inclusive, c'est affirmer tes valeurs féministes et d'égalité. C'est un moyen d'avoir un impact, à ton échelle.
Les femmes dans ton audience se sentiront représentées, tu pourras créer des liens plus authentiques et susciter plus d'engagement.
Mais attention, il est alors primordial que cette démarche d’inclusion se retrouve dans tous les aspects de ton projet, comme le recrutement et les pratiques internes. Adopter l’écriture inclusive, c’est aussi mettre en place une véritable politique Diversité & Inclusion.
Il est aussi important que ton engagement se retrouve dans tous les aspects de ta communication, et pas uniquement à l’écrit.
Adopter une communication inclusive, c'est prêter attention aux illustrations, aux exemples, aux couleurs que tu choisis (qui a dit que ce serait facile ? 😉).
Tu seras sans doute d'accord, rien de pire que le washing, cette pratique qui consiste à se donner une image positive en prônant des valeurs sans les mettre en pratique.
A l’inverse, il serait dommage que ton engagement ne transparaisse pas dans ta communication.
5. Pour une communication plus créative et moderne
Le point médian, c’est la partie visible de l’iceberg. Il est très décrié, et son utilisation peut faire peur. Mais rassure-toi, il existe de nombreuses autres techniques (la partie immergée de l’iceberg) qui te permettront de varier les plaisirs !
L'écriture inclusive est en réalité une façon de stimuler ta créativité. Elle te force à trouver d’autres tournures de phrases, à contourner les évidences, à remettre en questions tes représentations.
C'est aussi un moyen de te démarquer et de sortir des sentiers battus. En alliant les différentes techniques de l’écriture inclusive, tes textes seront plus riches, plus créatifs, plus modernes.
C'est sûr, ça peut sembler difficile au premier abord, mais sache que c'est surtout une question d’habitude.
Et puis, chacune des méthodes d’écriture inclusive présente des avantages et des difficultés. Certaines sont plus faciles à mettre en place que d'autres.
Je comprends que tu hésites, et peut-être que as peur de froisser ton audience, voire même de la choquer. Le contexte ainsi que ta cible sont évidemment des éléments déterminants à prendre en compte.
Les 18-24 ans, par exemple, sont plus favorables à l’utilisation du point médian ou des néologismes. Si ta cible est plus réticente, d’autres techniques plus “discrètes” seront à privilégier, comme les doublets ou les termes épicènes.
6. Bonus : l’écriture inclusive pour booster ta visibilité grâce au référencement
Tu crains peut-être qu’adopter l’écriture inclusive nuise à ton référencement. Et c’est normal car c’est une question centrale lorsqu’on crée du contenu en ligne. Mais rassure-toi, ces deux éléments ne sont pas forcément en opposition : voici quelques éléments de réflexion.
Tout d’abord, les algorithmes évoluent constamment ! Google met en valeur le contenu qui plait aux internautes : au plus on produira et lira de contenu inclusif, au plus il sera mis en valeur dans les résultats de recherche (et ça, on adore !).
Ensuite, l’utilisation de termes épicènes ou de doublets est compatible avec le référencement. Et plus que ça : ils enrichissent le champ sémantique de tes textes en t'obligeant à diversifier votre vocabulaire. Tu évites de lasser ton lectorat et tu gagnes des points.
L'important, c'est toujours de produire du contenu de qualité, mais s'il peut être inclusif, pourquoi se priver ?
Saute le pas et passe au français inclusif !
Pas de doute, l’écriture inclusive interroge. Normal, elle touche à nos représentations et pratiques les plus ancrées. Le langage et l’écriture sont deux marqueurs essentiels de notre humanité.
Mais justement, cette humanité, est-ce qu'on ne pourrait pas l'affirmer à travers notre diversité et notre égalité ? Aujourd’hui, le masculin générique ne suffit plus à définir l’ensemble de la société.
Si pour toi il est important de représenter, de rendre visible, de laisser de l'espace aux femmes et aux personnes non-binaires, alors lance-toi.
Demande-toi quelles sont les raisons derrière cette levée de boucliers face à l'écriture inclusive ? A qui profite le status quo ? Certainement pas aux femmes, ni aux minorités.
La prochaine fois que tu rentres dans une pièce remplie en majorité d’hommes, lance à l’assemblée un “bonjour à toutes !”. Observe leur consternation. Promis, ça vaut le coup !